Crunch Mode Blog - A State of Mind by Developers at D2Soft Technologies

Like us on Facebook

Stratégie québécoise de l'entrepreneuriat : Soyons concrets

Note: this post is in French, but you are welcomed to try to translate it if you are interested in the way our entrepreneurs are encouraged here in Quebec.

Si vous avez suivi les nouvelles un peu, vous savez que le Gouvernent du Québec a annoncé un « investissement » de 450 millions de dollars sur trois ans pour soutenir l’entreprenariat.  La nouvelle est sortie le 15 novembre dernier.   Quelques références ici :

Entrepreneuriat: Québec injecte 450 millions $ de plus

Québec injecte 450 millions $ pour soutenir l'entrepreneuriat

Québec débloque 450 millions pour soutenir l'entrepreneuriat

Les premières réactions semblent positives, à lire les commentaires du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec, du Conseil du patronat et Chambre de commerce du Montréal métropolitain.  Le Gouvernement doit être fier : un gros chiffre (450M$), une aide à un marché marginal québécois et un accueil positif par les organismes impliqués.  Un gros splash, quoi.

Reste, en tant qu’entrepreneur, quand j’ai vu la nouvelle sortir le 15 novembre, j’ai retenu mon excitation.  Ok, le Gouvernement fait du gros bruit avec une annonce ; c’est pas la première fois. Concrètement, c’est quoi au juste que le Gouvernement promet ?  J’attendais avec suspense une phrase magique, quelque chose qui serait concret pour un entrepreneur québécois.  Après tout, avec 450 millions ($), on peut en faire du concret.  Moi, j’en ferais beaucoup.  J’ai attendu, mais j’ai rien vu de tel.

C’est comme un épisode de Better Off Ted (« Jabberwocky », saison 1, épisode 12), où Ted, un directeur de création de produit dans une entreprise, se confond dans ses mensonges et que soudainement, tout le monde dans la compagnie pense qu’il a inventé le produit révolutionnaire du siècle.  Même si c’est totalement faux (il n’a aucun produit en fait), pour ne pas perdre la face, il doit improviser une présentation devant une salle remplie de ses confrères.  En tant que très bon vendeur, il réussit à s’en sortir en annonçant que le produit est « génial », « révolutionnaire » et « futuriste », avec musique techno et effets de lumière, tout ça sans jamais dire ce que c’est.   Il finit sa présentation en disant « Coming 2012 ».  Les gens dans la salle sont emballés, non par le contenu, mais par les apparences, le rêve qu’il leur a transmis.  Personne ne sait de quoi il parle, mais ça l’air génial, c’est ce qui importe, non ?  Ted s’en sort sans perdre la face, et un mois plus tard tout le monde a oublié.

De retour dans notre réalité, voilà déjà plus de 2 semaines que l’annonce de la stratégie entrepreneuriale québécoise a été faite.  J’attendais toujours dans les médias un article « follow-up », qui résumerait concrètement de quoi on parle.  Puisqu’il n’y a rien, ce matin j’ai décidé de faire des recherches approfondies et lire plus en détail ce qu’on nous promet.

Je réussis (non sans un peu de difficulté) de trouver le lien vers le site du programme :

www.mdeie.gouv.qc.ca/entrepreneuriat

La page du site nous accueille avec un « Foncez! Tout le Québec vous admire ».  Déjà, pas trop bon signe.  Pourquoi pas plutôt « Fonçons ! Tout le Québec se prend en main » ?  C’est une mentalité ici au Québec, que l’entreprenariat est quelque chose qu’on doit dédier aux autres.  On est bien content au Québec de voir qu’ils y a des gens qui « foncent », mais tant que c’est pas nous, c’est mieux.  Comme toujours, on ne s’implique pas.

Ensuite, encore rien de concret dans la page officielle.  On nous endort avec les « cinqs axes d’intervention » et on nous promet que l’on « place l’entrepreneur au cœur de la toile entrepreneuriale du Québec ».  Et dans les faits, ca veut dire quoi tout ca ?  Parce qu’ils ont pas pensés à écrire leur texte pour ceux que ca intéresse vraiment : les entrepreneurs.  Mais les tous entrepreneurs ont une particularité commune : ils n’ont pas de temps à perdre.  Chaque minute à décortiquer un site du gouvernement, c’est une minute de moins passée sur leur business.  Mais ca, pour le comprendre, il faut être en affaires.

Je suis quand même prêt à donner le bénéfice du doute, alors je m’attaque aux 2 fichiers PDF : le « Sommaire » et le « Document complet ».  Non sans surprise, le sommaire reprend les mêmes termes de la page web, mais avec des couleurs flash et un petit graphique avec le mot « Entrepreneur » bien au centre.  On peut aussi voir quelques éléments grossièrement détaillés, avec les mots « campagne », « promotion » et « programmes » bien présent.  En effet, j’avais déjà lu dans un article que le Gouvernement veut développer la fibre entrepreneuriale, même l’enseigner dans les écoles.  J’en apprends pas beaucoup plus.

Alors, je regarde le document complet.  Encore un fois, un gros « Foncez » à l’ouverture du document.  Ensuite, des messages du Premier Ministre et ministres.  Puis, des titres comme « Le temps d’agir » et « soutien majeur à l’entrepreneuriat ».  Vient enfin les sections avec le détails en chiffres, de 2011-2014.  Après tout, il faut dépenser les 450 millions.  Tout ca, pour des « cibles réalistes pour 2020 ».  Oui, car il faut penser à l’avenir.  Alors comment penser pour l’avenir ?  C’est simple : par la création de nouveaux programmes pour supporter les entrepreneurs.

Plus de programmes.  Voilà la concrétisation des 450 millions.  En vrac, le Gouverment veut : créer des campagnes de promotion, enseigner l’entreprenariat, soutenir les entrepreneurs par des programmes et organismes, simplifier les programmes gouvernementaux et dynamiser l’action sur le terrain.  Bref, pas surprenant que le site web officiel n’affiche rien de clair.

Dans les faits, l’entrepreneuriat, c’est comme la créativité : tu l’as ou tu ne l’as pas.  Les deux vont de pair, un bon entrepreneur est créatif.  Pourquoi est-ce si important d’être créatif ?  Car se partir en affaires est un roller-coaster de problèmes et de solutions.  Sans créativité, tu ne peux poursuivre ton chemin.

Je suis totalement « pour » l’enseignement de l’entrepreneuriat.  Ou du moins, montrer aux jeunes qu’il est possible de se lancer en affaires.  J’ai jadis assisté à des témoignages d’entrepreneurs à l’école et ca m’a fait rêver.  Ceci dit, j’avais déjà la flamme en moi bien avant ca.

Comme toujours, avec ce nouveau programme, le gouvernement ne semble pas s’attaquer au besoin réel des entrepreneurs, aujourd'hui.  Le besoin est simple : rendre la fiscalisation intéressante.  Le gouvernement ne devrait pas essayer de créer plus d’organisme pour aider les entrepreneurs.  Je n’ai pas besoin que quelqu’un me dise comment rouler ma business.  Ce qui m’importe, c’est combien d’argent j’aurai cette année, combien je dois en donner à l’impôt et si les états financiers de mon entreprise sont bons pour continuer l’aventure.  Si le gouvernement pouvait consacrer les 450 millions dans des réductions d’impôt automatiques et sans complication de paperasse administrative, alors il aurait compris le réel besoin de l’entrepreneur.  Et c’est garanti : s’il y a une diminution des frais, il y aura une augmentation d’entrepreneurs. De plus, il faut agir maintenant, car les entrepreneurs d'aujoud'hui ont besoin de support réel.

Puisque je ne peux pas lire tout le document complet sans m’endormir, j’ai fait une recherche de mots-clés importants pour moi : « réduction », « diminution » et « crédit ».  Jamais on ne mentionne une réduction d’impôt ou un crédit.  C’est pourtant au coeur même de toute « startup ».

Quand on regarde comment on fait les choses ici, c’est pas surprenant que le nombre d’entrepreneurs est si petit.  Après tout, pourquoi quelqu’un voudrait prendre des risques incroyables pour démarrer son entreprise, alors qu’il peut avoir une job stable avec tous les coussins dorés imaginables dans l’appareil gouvernemental ?  J’ai la plus grande estime de toute personne qui se lance en affaires au Québec, car ça prend beaucoup de courage.   Beaucoup d’entrepreneurs hypothèques leur futur et se retrouve sans le sou.  Pendant ce temps, on nous dit « Foncez ».

Qu’on me donne du concret.  Et pas demain; aujourd'hui.

 


Post your Comment: